"Pertinence et publicité sur Google : un marché de dupes ?"
Le Monde.fr, Tribune de Renaud Chareyre, 13/02/10.
SYNTHESE DU GOOGLE SPLEEN
1) Pertinence relative et individualisée
> Les résultats et les publicités présentés par Google sont différents selon les internautes : ce qui s'affiche sur votre écran peut avoir peu
de points communs avec ce qu'un autre utilisateur, extérieur à votre cercle de relations, et consultant pourtant la même page, visualise à partir de son poste.
> La pertinence réelle et optimale, si incrustée dans l'image de Google, ça n'est pas ce que le système met en place.
2) Adwords : règles opaques pour les annonceurs
> Adwords, la régie publicitaire, est à l'origine de la presque totalité du chiffre d'affaires de Google. Tous les autres produits ou services mis en oeuvre par Google
sont financés par les ressources en provenance d'Adwords.
> Règles opaques. Adwords est fondé sur la promesse d'un système d'enchère, qui s'avère caduc à l'analyse. Gestion discriminante et masquée des annonceurs,
pour organiser à tout prix la répartition des prospects issus de l'audience de Google entre toutes les publicités disponibles, y compris celles développant des performances
médiocres, c'est-à-dire les moins utiles pour les internautes.
3) Adsense : pas de contrôle pour les éditeurs
> Principal réseau d'éditeurs de sites Internet ouverts à la publicité au monde.
> Absence totale de contrôle des éditeurs sur le montant des reversions Google, et sur le fait que Google s'emploie effectivement à maximiser
la valeur de leurs inventaires publicitaires, en privilégiant l'affichage des annonceurs prêts à investir les plus forts budgets sur leurs pages.
4) Stratégie de Google
> Se rendre incontournable, et irremplaçable, par une mainmise sur toutes formes d'informations et de communications numériques, et par le monnayage
des rapprochements commerciaux qui y transitent.
> Allonger
de manière imperceptible la durée des surfs des internautes pour multiplier les clics sur les publicités gérées par Adwords. Car pour Google, la pertinence
extrême ne paye pas : l'entreprise dispose du matériel statistique pour repérer les liens les plus utiles sur le réseau (Taux de Rupture de Surf),
et c'est précisément en les écartant que Google peut développer ses profits.
> Gestion d'image : gratuité, promesse de pertinence, sympathie et confiance, initiatives multiformes pour éliminer toute réflexion de fond sur le système.
5) Régulation de l'information : modélisation des rendements publicitaires
> Par la sélection des liens présentés sur l'écran de chaque utilisateur, Google dispatche ses flux d'audience
entre les sites. Ainsi, il devient possible de contenter, au moins a minima, le plus large spectre d'annonceurs et d'éditeurs dans chaque spécialité,
quelle que soit la qualité des réalisations.
> Les propositions les plus compétitives sont pénalisées à l'affichage, car elles concentreraient toutes les faveurs des internautes si elles étaient présentées et empêcheraient donc les intervenants peu attractifs de se fidéliser au
système.
> La rémunération de la compétitivité ne dépend plus du choix des marchés, tel qu'il pourrait s'exprimer dans un cadre transparent,
mais plutôt des situations d'informations que Google décide d'entretenir.
6) Vie privée
> Plus Google sera en capacité d'étendre sa connaissance du profil de chacun, plus il lui sera permis d'agir dans un cadre lisible, en mettant en place les ciblages
les plus fins, pour guider chaque internaute considéré un à un, vers une information destinée à optimiser la rentabilité attendue à Mountain View.
> Google a défini un cadre juridique qui l'autorise à développer d'énormes moyens d'investigation en la matière : Google Search et plus largement
tous les services édités par Google (Gmail, YouTube...), Google Adsense (par l'affichage des publicités sur les sites des éditeurs), Google Analytics...
Résumé du chapitre 1 |
Acheter le livre