Article de Solveig Godeluck, Les Echos, 01/07/10.
EXTRAITS
"Hier dans la journée, il n'y avait plus de publicité sur le site français de Google en regard des recherches
sur les mots-clés «radar» ou «avertisseur de radar». La colonne de droite,
celle du service AdWords, était vide. C'est dire si le moteur de recherche américain, qui réalise
23 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel avec ces «liens sponsorisés», prend au sérieux la décision publiée
le matin-même par l'Autorité de la concurrence. Car pour la première fois un gendarme de l'antitrust vient
en effet de prendre des mesures conservatoires à l'encontre du géant californien."
(.../...) "Bruno Lasserre, le président de l'Autorité, s'était montré confiant dans
l'efficacité du droit de la concurrence face aux nouveaux mastodontes du Web il y a deux semaines : «Nous
n'allons pas renoncer à appliquer nos valeurs à ce monde nouveau qu'est Internet», avait-il déclaré lors d'une
conférence des «Echos». De fait, il a donné cinq jours à Google pour permettre à la société Navx d'utiliser
à nouveau AdWords. Le groupe a quatre mois pour «clarifier» les conditions d'utilisation de son service,
et notamment les procédures de rupture. Le compte de cette start-up spécialisée dans les bases de données
de localisation des radars routiers avait été brutalement suspendu en novembre."
(.../...) "Avec 90 % de part de marché dans la recherche en France, face à Yahoo! et à Bing de Microsoft,
Google détient en fait un pouvoir de vie ou de mort sur les petits annonceurs. (.../...) Car l'acheteur
aux enchères d'un mot-clé publicitaire ne sait pas comment son annonce va être placée. «Une très grande
partie des annonceurs souffrent, car ils n'ont pas de maîtrise sur un système opaque», explique Renaud Chareyre.
Selon lui, Google peut parfaitement évincer une entreprise en procédant plus discrètement : «Pour moi, l'affaire
Navx est un fait divers surprenant. Google a la possibilité d'influencer les performances d'une entreprise pour
la dissuader d'utiliser AdWords sans même la sortir du système.»"
"L'algorithme de Google est une boîte noire, mais la plupart des annonceurs s'en accommodent car
ils sont satisfaits de leurs campagnes en ligne. Un jour, la question de sa neutralité pourrait cependant atterrir
devant un gendarme de la concurrence."
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