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 20/08/10

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Officialisation d'un immense mensonge

Le 10/08/10, le Wall Street Journal rendait public un document confidentiel de 7 pages émanant de Google. Son auteur, Aitan Weinberg, issu de DoubleClick, est actuellement Senior Product Manager en charge de la stratégie globale de Google pour ce qui concerne la publicité comportementale. Rédigé début 2008, le mémo s'apparente à un catalogue d'idées pouvant permettre à Google de développer la monétisation de son audience par la publicité en ligne. Une source, proche de l'entreprise californienne selon le journal new-yorkais, insiste sur le fait que ce rapport constituait une sorte de synthèse prospective, n'ayant pas été communiquée à l'époque aux principaux dirigeants de Mountain View, et dont certaines suggestions n'ont jamais été suivies d'effets.

Le mois dernier, Larry Page, co-fondateur de Google, se voulait une nouvelle fois rassurant quant à la collecte d'informations organisée par son entreprise, susceptibles d'être utilisées pour retranscrire la personnalité de chacun : "C'est toujours facile de redouter ce qui peut arriver...", disait-il. Ces dernières années, les responsables de Google ont multiplié les déclarations repoussant le fait que leur société soit engagée dans une démarche de profiling systématique de chaque utilisateur.

Le document d'Aitan Weinberg, quel que soit l'usage qui lui a été réservé dans l'entreprise, apporte pourtant un démenti cinglant. En effet, à la section "Interest Targeting", il est écrit :
"Google différenciera ses capacités de ciblage publicitaire par la qualité de connaissance de son audience. Cette qualité résultera de bonnes sources de données associées à des méthodes d'analyses sophistiquées. Dans ce but, une équipe de développement devrait être constituée [...] et des statisticiens devraient travailler à des modèles itératifs complexes qui s'amélioreront au fil du temps (cela est déjà en cours).
Typiquement, d'autres réseaux de publicités utilisent aujourd'hui des approches très simplistes de leur audience, par exemple en repérant les centres d'intérêts des utilisateurs sur la base de 2 pages de thématiques comparables visualisées dans les 14 derniers jours. L'algorithme que Google est en train de mettre en place sera beaucoup plus élaboré."

En d'autres termes, depuis au moins début 2008, des équipes de Google planchent sur le ciblage comportemental, alors que le géant californien s'est jusqu'à présent employé à faire croire exactement le contraire, ou, au mieux, à minimiser la portée du process.

Cette ultime illustration du mensonge ne pouvait courir le risque d'attiser trop longuement la curiosité médiatique. Quatre jours après la divulgation du document, Eric Schmidt levait donc le voile, à nouveau dans le Wall Street Journal, pour déminer le terrain. Le PDG de Google expliquait l'air de rien : "Nous savons grosso modo qui vous êtes, ce qui vous tient à coeur, qui sont vos amis. [...] Je pense vraiment que la plupart des gens ne veulent pas que Google réponde à leurs questions. Ils veulent que Google leur dise ce qu'ils devraient faire." Concernant le pouvoir du ciblage individuel, Eric Schmidt précisait : "La technologie sera tellement parfaite qu'il sera très dur pour les gens de voir ou de consommer quelque chose qui n'a pas été, d'une certaine manière, taillé sur mesure pour eux." Et bien sûr, pour faire passer la pilule en désignant un autre débat, le PDG de Google se fendait d'une énormité : "Chaque jeune individu aura le droit un jour de changer automatiquement son nom lorsqu'il aura atteint l'âge adulte, afin de pouvoir renier les trop bons moments enregistrés sur les sites de médias sociaux de ses amis."

Il aura donc fallu attendre l'été 2010 pour que Google livre enfin la vérité sur une partie de son projet. Désormais, les internautes doivent comprendre que les résultats et les publicités qui s'affichent sur leurs écrans respectifs, ont pour but avéré de leur faire "voir" et de les amener à "consommer" ce que Google a préalablement choisi pour eux, notamment en fonction de ce que l'entreprise californienne sait de chacun d'eux, de ce qu'ils connaissent déjà ou de ce que leurs amis connaissent déjà.

Google travaille sans relâche à l'amélioration de ses services pour un libre accès des utilisateurs à tous les contenus - puisqu'on nous l'a toujours dit, c'est sans doute vrai. Le problème, c'est que depuis une semaine, même le directeur de Google a changé de discours.

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